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juin 2026

Cinq raisons pour lesquelles nous n’aimons pas payer les impôts

Qu’il n’y ait que deux certitudes dans la vie, la mort et les impôts, Benjamin Franklin le savait déjà en 1789. Plus de 235 ans plus tard, peu de choses ont changé. Chaque année, nous remplissons consciencieusement notre déclaration fiscale, mais souvent à contrecœur. Pourtant, en tant que société, nous en retirons beaucoup: sans impôts, pas de routes, d’enseignement ni de soins de santé. Pourquoi a‑t‑on alors l’impression que payer les impôts procure moins de satisfaction que l’achat d’un nouveau pantalon ou d’un smartphone? Voici cinq raisons pour lesquelles nous n’aimons pas payer des impôts.

1) Qu’est-ce que j’y gagne?

Lorsque vous achetez un sandwich, il est très clair que ce que vous recevez en échange de votre argent: une demi-baguette, de la préparation et un ventre rempli. En revanche, payer les impôts a de nombreuses retombées, ce qui signifie que vous payez pour quelque chose dont vous ne bénéficiez pas directement.
« Je n’ai pas de vélo, pourquoi paierais-je pour des pistes cyclables? », « Pourquoi payer pour des écoles si je n’ai pas d’enfants? » ou « Je ne suis jamais malade, pourquoi financer la sécurité sociale? »

Cela peut donner l’impression de payer beaucoup pour recevoir peu. Le rapport entre ce que nous dépensons et ce que nous recevons s’appelle l’équité de l’échange (exchange equity), et beaucoup de personnes perçoivent cet équilibre comme négatif lorsqu’il s’agit d’impôts.

2) Dépenser de l’argent fait plus mal

Ce sentiment d’une équité d’échange négative est compréhensible chez les personnes travaillant dans le secteur privé. Mais qu’en est-il des fonctionnaires? Étant donné que leurs salaires sont payés grâce aux impôts, ils devraient bénéficier d’une équité positive. Pourtant, eux aussi paient leurs impôts à contrecœur — pourquoi?

Cela s’explique par le fait que la plupart des gens éprouvent une aversion aux pertes. Comme son nom l’indique, nous ressentons la perte d’argent plus fortement que le plaisir d’un gain équivalent. Les recherches en psychologie montrent que cette différence est d’un facteur deux. Concrètement, perdre 50 € a un impact émotionnel plus fort que le plaisir de gagner 50 €; il faudrait gagner environ 100 € pour ressentir une satisfaction comparable.

L’aversion à la perte est un mécanisme naturel. Pour mieux le rationaliser, on peut essayer de considérer les impôts comme une transaction plutôt que comme une perte, car ils financent réellement de nombreux services dont nous bénéficions.

3) Une couverture médiatique négative

Les médias peuvent également jouer un rôle. Les histoires positives sont souvent moins « vendeuses » et les gens sont davantage attirés par les mauvaises nouvelles. Un reportage sur le gaspillage ou l’inefficacité de l’utilisation des fonds publics marque davantage les esprits.

À l’inverse, il existe de nombreuses réussites, moins visibles: des infrastructures fonctionnelles, un système éducatif efficace, des soins de santé accessibles.
Pour y remédier, les autorités pourraient mieux mettre en évidence les avantages des impôts: électricité, eau potable, égouts, écoles, routes, pompiers, hôpitaux, police — autant d’éléments dont presque tout le monde profite. Aux États-Unis, par exemple, la pression fiscale est plus faible, mais un accident de la route peut entraîner une faillite personnelle.

4) Le système fiscal belge est (trop) complexe

Les impôts ne sont pas seulement nombreux, ils sont aussi complexes: impôt des personnes physiques, impôt des sociétés, TVA, droits de succession… chacun avec ses propres règles et exceptions.

Rien que pour l’impôt des personnes physiques, il existe des centaines de codes, ce qui rend difficile pour beaucoup de comprendre combien ils paient réellement, pourquoi, et à quels avantages ils ont droit.

Cette complexité crée de la distance et de la méfiance. Elle peut aussi conduire à des comportements inefficaces, comme engager des dépenses uniquement pour réduire ses impôts, sans réel avantage financier.

L’évasion fiscale influence également la perception d’équité: lorsque les citoyens pensent que d’autres contournent les règles, leur volonté de contribuer diminue.

5) L’herbe est toujours plus verte ailleurs

Beaucoup de gens estiment payer trop d’impôts. « Je paie trop et mon voisin pas assez », entend-on souvent.

La classe moyenne pense que les plus riches ne paient pas suffisamment — ce qui est vrai en pourcentage — mais en valeur absolue, les hauts revenus contribuent davantage. D’un autre côté, la classe moyenne a parfois le sentiment que les plus pauvres ne contribuent pas, tandis que ces derniers estiment ne pas être suffisamment soutenus par l’État.

Que ces perceptions soient exactes ou non importe moins que le fait qu’elles existent. Il en résulte un sentiment généralisé d’injustice, qui rend les impôts plus facilement perçus comme inéquitables.

Conclusion: comprendre aide, mais ne change pas entièrement le ressenti

Les impôts ne deviendront probablement jamais populaires. Et ce n’est pas nécessaire: ils restent par définition une contribution obligatoire.

Cependant, les comprendre peut aider. Saisir pourquoi ils suscitent des résistances psychologiques et sociales permet de les voir différemment: moins comme une perte personnelle, et davantage comme une contribution à un système dont nous dépendons tous.

La transparence, la simplicité et la confiance jouent ici un rôle crucial — tant pour les autorités publiques que pour les institutions financières et les citoyens eux-mêmes.

Saviez-vous que vous payez parfois aussi des impôts sur les intérêts d’un compte d’épargne? Consultez l’article de blog pour savoir combien.